Mon libraire

Accueil
Nouvelles des éditeurs
Libraire et librairies

Signatures et Rencontres

Sondage

De nouveaux
libraires


Des nouvelles
de mon libraire


Des nouvelles
de l'édition


Hit Parade
des libraires


Vente en ligne

L'ont-ils lu?

Résultats du sondage

Signalez les signatures

Vous nous parlez de votre librairie


Vous êtes libraire
vous souhaitez figurer sur notre portail
,
Faites-vous référencer

Libraire et librairies

Éditions Michalon
ouverture et effervescence du débat

Jonas
06/07/08 - L'oeuvre de Hans Jonas (1903-1993) est portée par une idée maîtresse : l'homme, en tant qu'habitant du monde, a une responsabilité à l'égard de celui-ci et de son avenir. Partant de son étude de la gnose, le philosophe allemand va tenter de penser la biologie, ce qui le conduira, dès les années cinquante, à une réflexion approfondie sur la technique, en rapport avec certaines pratiques médicales. Jonas se rend compte alors de l'urgence d'une nouvelle éthique pour l'ère technologique. Le Principe (...) - Catalogue /

Blum
06/07/08 - La pensée politique de Léon Blum (1872-1950) a puisé largement à la source du droit. Sa réflexion revêt une dimension juridique primordiale qu'il s'agit de mettre en lumière : la République, identifiée par la défense des libertés publiques fondamentales, le socialisme, comme projet d'un droit de réparation des désordres du monde, la démocratie enfin, dans sa double dimension nationale et internationale, soumettant le socialisme aux contraintes de la pluralité. Malgré la haine qui ne cessa de faire une (...) - Catalogue /

Furetière
06/07/08 - Juriste de formation, abbé de son état, lexicographe par passion, Antoine Furetière, l'un des Quarante de l'Académie française, en fut honteusement expulsé en 1685 pour avoir outrepassé le monopole royal dont bénéficiait l'Académie en matière de dictionnaire. En 1690, il publia son Dictionnaire universel, dont la modernité lui valut un succès immédiat. L'enjeu de cette « querelle des dictionnaires » n'est pas mince : le choix entre la méthode puriste de l'Académie qui vise à fixer un état aristocratique de (...) - Catalogue /

Galaade Éditions - Le Blog


Un rêve plus vrai que nature : Bernhard, de Yoel Hoffmann
06/07/08 - Bonjour, C'est avec un immense plaisir que nous avons découvert les réactions suscitées par la publication, ce printemps, du roman de l'israélien Yoel Hoffmann, Bernhard. Je vous livre, ci-dessous, quelques unes des lectures de ce très beau texte, traduit de l'hébreu par Sylvie Cohen....

Trudi ou l'image de l'Autre sous le régime nazi
06/07/08 - « Trudi Montag grandit dans un petit village d'Allemagne, à la veille de la Seconde Guerre mondiale. Naine, elle apprend peu à peu à survivre à la violence du regard des autres. Mais en des temps troublés, le pire reste à venir? Ursula Hegi dresse le tableau lyrique et foisonnant d'une...

Yalom, Nietzsche et Lou Andreas Salomé ou le psy bourreau de l'amour
06/07/08 - Irvin Yalom, ce psy pas comme les autres, commence à être connu en France. Après Apprendre à mourir. La méthode Schopenhauer, Le Bourreau de l'amour. Histoires de psychothérapie et Mensonges sur le divan, Galaade a publié Et Nietzsche a pleuré, cette histoire entre philosophie et fiction,...

Les Editions HERMAPHRODITE


Le bon conseil de la charronsociety n°4
06/07/08 - Les bons conseils de la charronsociety (livre pour enfants) Bonsoir les enfants. Je suis la charronsociety. Je ne suis pas une entreprise. Je me présente généralement comme l?organe spirituel par lequel est possible une sacralisation fluctuante de ce que la Chine et l?Allemagne ont de meilleur. Ceci n?est cependant pas fondamental au regard de ce qui suit : mon nom ne prend pas de majuscule (sauf en début de phrase), et il peut s?écrire précédé d?un article, à l?instar (...)

Le bon conseil de la charronsociety n°3
06/07/08 - Les bons conseils de la charronsociety (livre pour enfants) Bonsoir les enfants. Je suis la charronsociety. Je ne suis pas une entreprise. Je me présente généralement comme l?organe spirituel par lequel est possible une sacralisation fluctuante de ce que la Chine et l?Allemagne ont de meilleur. Ceci n?est cependant pas fondamental au regard de ce qui suit : mon nom ne prend pas de majuscule (sauf en début de phrase), et il peut s?écrire précédé d?un article, à l?instar (...)

Fermons les yeux, faisons un voeu d?Alex Porker
06/07/08 - Le livre : À travers sept textes, Alex Porker invente, dans Fermons les yeux, faisons un vœu, un univers parallèle, cauchemardesque, angoissé, drôle et décalé. Un univers qui se balance sur la corde raide entre le présent et le futur, le rêve et la réalité. Tentant d?anticiper un monde médusé par ses propres enfants, une nouvelle classe d?êtres aux corps d?adultes miniaturisés, Alex Porker développe un monde qui se pédophilise à vitesse exponentielle, un monde où Freud serait passé à la (...)

Homnispheres.info


Suite 3
06/07/08 -

extrait

Cette « dissociation » entre la vie d'un côté et la création de l'autre a donné naissance au monde de la culture. Merci Malraux. Ce monde-là, officialisé il y a tout juste 50 ans, a permis pour le meilleur comme pour le pire de ramasser au passage tout ce que l'art, le spectacle, la littérature, les images et le patrimoine comptent de professionnels, d'?uvres, d'établissements, de critiques, de politiques ou de technocrates. Chacun s'est mis à célébrer la grandeur de l'art, à l'administrer, à le nourrir grassement de ses compétences ou de ses incompétences oubliant qu'au c?ur de la magie, l'ambition a supplanté la passion.

Profitant d'une sorte d'état de grâce civilisationnel consécutif à la montée en puissance d'une société parfaitement païenne, la culture est devenue une aubaine. Elle a conduit les disciplines artistiques à s'autonomiser en autant de spécialités que de spécialistes, comme elle a autorisé des milliers de collectivités locales à se distinguer en démontrant à coup de millions d'euros, qu'elles étaient toutes des « capitales européennes de la culture » potentielles. Quand, dans les années 1980, tout ce petit monde a donc dû choisir entre la carrière et l'engagement pour satisfaire son envie d'en vivre à plein temps, il a par défaut choisi la première. Chacun s'est en effet aperçu qu'être trop modeste dans ce paradigme improbable, c'était nier le privilège d'en être, mais plus encore d'entretenir l'idée que la culture, puisqu'elle est une « exception », soit une activité comme les autres. Alors on a prétendu qu'avec des équipements d'un côté et de la « com » de l'autre, on pouvait sans trop se poser de questions se régaler soi-même tout en agissant pour le bien de tous. Par la force des choses et devant l'obligation de résultats, artistes, professionnels et politiques se sont arrêtés de penser. Seules l'action, la production, la démonstration ont pris de la valeur. Pas la pensée, c'est-à-dire cette possibilité de réfléchir librement aux raisons pour lesquelles il a été créé de toute pièce un monde à part. Non, nous fonçons tête baissée vers les abysses de l'ignorance sans imaginer un instant qu'elles signent la fin d'un rêve.

Car si la pensée est un exercice à bien des égards exigeant pour qui aspire à mieux saisir la complexité du monde, son absence ne fait que donner du grain à moudre au consommateur chez qui sommeille depuis bien trop longtemps un citoyen lénifié. En s' « individualisant » à outrance dans ces comportements, comme dans ses pratiques de plus en plus « communautarisées », ce monde-là s'est affranchi du devoir de partage.

La littérature pour survivre, lui a emboîté le pas. Quoi dire dans la prose contemporaine, en effet, qui puisse ne pas trahir les impostures, sinon se raconter soi-même ? Mais que dire aussi à ceux qui, s'aventurant dans la vie, veulent en savoir plus sur son objet ? L'école, l'histoire de l'art, la littérature, la télé, on l'a dit, ne permettent pas de découvrir la supercherie. Quel esprit libre, donc, osera dire que les ?uvres sont rares, extrêmement rares ? Que l'obligation de produire pour remplir ce fameux vide entre le beau et le travail n'a rien à voir avec la culture ni les loisirs, mais avec le seul génie ? Les parents ? Pour les plus éclairés d'entre eux, probablement. Les profs ? Pourquoi pas, encore faudrait-il leur proposer préalablement de reprendre leur liberté intellectuelle et de retrouver le sourire. Alors qui ?

Il ne s'agit pas de faire un procès en appel. Il n'y a pas de coupables, pas de crime. Juste un malentendu. Mais un énôôôôôôrme malentendu. « On dirait que l'on a lâché les écluses de l'imagination, laissant les eaux entrer à flots sans rencontrer la moindre résistance. La peur sacrée nous a quitté ». C'est Edgar Wind, l'auteur anglais d'Art et anarchie qui le dit. Quand, en effet, quelques générations nouvelles venues du siècle précédent, les oreilles élégamment emmurées par des écouteurs en sont à consommer quotidiennement autant d'heures d'images, de mots et de son, il est clair, ajoute l'historien d'art, que « ceux qui les visitent acquièrent une forte immunité ». Immunité contre quoi ? Contre la fonction déstabilisatrice, révélatrice, sinon destructrice des ?uvres, pardi. Ces masques sauvages venus du tréfonds de la civilisation nègre qui effrayaient Goethe à lui faire perdre la tête ont tous été domestiqués. Ils sont chez nous, au repos, au musée du quai Branly ou dans une boutique du Marais en train de flécher notre destin, de témoigner sans pudeur de notre ignorance, de conforter l'idée neuve que nous n'avons pas à partager la blessure de celui qui l'a crée. En moins d'un siècle des ?uvres se sont transformées en ornement, en collections, en placement ou en plaisir sensuel sous l'effet conjugué de la « dissociation », de la peur d'être détruit de l'intérieur, du sentiment de combler un déficit de spiritualité, du sacre de l'esthétisme, d'une incapacité à reprendre le dessus quand la somme des apprentissages scolaires, littéralement, nous ensevelit. En revanche, elles nous distraient.

Un jour, un gamin enjoué, sortant du collège où il venait de subir les foudres de ses professeurs pour avoir crié tout haut qu'il ne comprenait rien au cinéma de Jean Eustache s'est fait le soir même rabroué par son ingénieur de père sous prétexte que celui-ci « détestait » le cinéaste. Il n'est pas venu à l'idée de son géniteur de savoir préalablement quel film son fils a-t- il bien pu voir, ni même pourquoi en classe de 3e un enseignant, fut-il cinéphile éclairé, fasse passer ses élèves pour des imbéciles. Non, la posture générale de la transmission scolaire suppose qu'existe entre l'émetteur (en l'occurrence l'artiste) et le récepteur (c'est-à-dire l'élève) une sorte de médiation abstraite, dont la fonction consiste à extraire l'?uvre de son contexte pour en célébrer sa seule existence. L'art pour l'art, et dent pour dent. Pourtant, à l'évidence, le cinéma d'Eustache a provoqué chez cet ado de 15 ans, une forte poussée de fièvre cérébrale. Quelque chose de suffisamment dévastateur pour chercher de l'aide à tout prix. Son cri d'horreur en classe n'était pas feint, mais il n'avait tout simplement pas trouvé les mots, le langage approprié pour traduire ce qui n'était pas qu'une simple réaction mais un séisme intérieur. La chance voulue que, le lendemain, tout contrit par l'énormité de l'indifférence des adultes à son endroit, le gamin se mit, sans raison, à déballer son malaise à autrui. C'était auprès du jeune épicier du coin chez qui il avait pris l'habitude d'échanger quelques mots en achetant ses chewing-gums. Changement de ton. Stupéfaction de l'improbable épicier qui adore Eustache et qui trouve sur son chemin un petit être assoiffé de comprendre ce qui se passe dans sa tête depuis la projection de La Maman et la Putain.

Le gamin n'était donc pas seul sur terre. Il existait bien d'autres humains, d'âges et d'origines différentes, chez qui l'?uvre avait fait « peur ». Aucun des deux n'a essayé, ni eu envie de trouver une explication. Ce n'est pas la peine puisque ce n'était pas le problème. Le problème c'était que le gamin ne trouva pas d'âme s?ur pour accompagner, ne serait-ce que par le silence et en un instant, par un clin d'?il ou un sourire complice, l'effet possiblement destructeur d'une rencontre avec l'art. C'est ce qui était arrivé à Mick Jagger avant de se faire virer manu militari de son lycée.

Cet exemple, croisé au hasard d'un authentique récit, indique ce qui se trame en douce dans une classe si par malheur une ?uvre, en l'occurrence cinématographique, fait son travail. Heureusement ou malheureusement, la frontière qui la sépare d'un bon film, ou une ?uvre littéraire d'un bon bouquin, est si esthétiquement ténue, si parfois incompréhensible, voire mystérieuse qu'on y voit parfois que du feu. Qui aurait pu affirmer, hormis son frère (et marchand) Théo, que Vincent Van Gogh était un pur génie de son vivant ? Il existe un mystère total de notre relation aux ?uvres que les mots, seuls, ne parviennent pas toujours à traduire. Surtout si, prononcés comme une injonction à comprendre, ils viennent saborder méchamment un fragile édifice intérieur fait, à cet âge, de bric et de broc.

Le prof comme le parent, le critique comme l'historien d'art ayant pour mission de célébrer le génie à l'aune de sa spécialité (mieux à celle de leurs subjectivités spécialisées) n'a plus d'autre ambition que de faire son boulot de pédagogue, c'est-à-dire uniquement de transmettre. Dans son statut comme dans sa discipline. Comment peut-on laisser le système éducatif si éloigné de l'âme humaine, si indifférent aux démons de la solitude adolescente, tout en se réclamant d'un magistère de la connaissance et de la citoyenneté ? L'intelligence et la beauté n'auraient-ils plus aucuns rapports avec le devoir d'humanité ? Sommes-nous devenus si indifférents à la pose, si imperméable à la tyrannie ?

Et si, en fin de compte, c'était l'art qui, sous la pression des masses, avait dû s'adapter pour faire en sorte de les aider à être en paix avec elles-mêmes ?

A suivre


A paraître en septembre 2008

Ref 1008 - Format 11 / 19

96 Pages

ISBN : 2-915129-38-X - Prix : 10 €



Suite 2
06/07/08 -

extrait

Le problème, c'est qu'ils mangent à leur faim, plutôt sucré, mais bien. Qu'ils disposent d'un accompagnement sanitaire à l'occidentale, c'est-à-dire suffisamment préventif et médicamenteux pour pallier rapidement aux conséquences d'acnés dévastatrices ou de grippes à répétitions. Et que, dans leurs grandes majorités, ces adolescents sont plutôt sympas, ouverts, lucides. Rien, apparemment de neuf ni d'anormal au royaume du jeune, sauf peut-être du côté de la consommation de cannabis et de bière si on la compare aux précédentes générations. Et encore. Non, si inquiétude il doit y avoir, c'est sur un autre plan.

La jeunesse, dans son ensemble, ne rêve pas. Ou si peu sa vie. Et c'est peut-être, en ce début de XXIe siècle, le seul point commun observable entre un cerveau d'ado issu d'un bac pro et celui d'une première année de Science-Po. L'un comme l'autre est si perméable à l'impératif de la nécessité (avoir ses examens, son diplôme, son portable, son scooter...) que l'idée même de penser, puis projeter une alternative à l'existant, est considérée comme saugrenue. En ce sens, la société a tellement bien réussi son coup en intégrant les jeunes qu'elle les prive, de fait, d'imaginer (tout simplement i-ma-gi-ner) un autre monde, meilleur si possible. Seules, les quelques décimales électorales engrangées en 2007 par les survivants du matérialisme historique entretiennent l'illusion, mais plus aucunes âmes, dussent-elles être jeunes et fiévreuses, n'imaginent un seul instant rêver comme l'ont fait leurs parents. En effet, contrairement à ce que l'on peut dire et penser, la génération des 15/25 ans est bien trop intégrée, même dans sa partie la plus démunie, pour capter d'autres ambitions que celles d'y faire son trou. Il suffit de prendre à part une gentille « racaille » pour comprendre, sur le champ, qu'elle en sait plus que nous des ficelles pour vivre bien dans une précarité assumée, pratique et bon marché. Pourquoi rêver, donc, si le périmètre de survie est déjà si compliqué à démanteler ou si, par son incroyable efficacité à protéger ou à faire peur, ce périmètre en question est impossible à dilater ? La mécanique sécuritaire s'est si bien infiltrée dans les moindres recoins des instincts comme du confort quotidien de chacun, qu'il ne viendrait pas à l'idée d'un ado de lui jeter la pierre. Pourquoi se rebeller contre cette marche forcée vers cette captivante hyper matérialité technologique si c'est pour se retrouver abandonné à l'arrière ou sur les bas-côtés d'une société huilée, sans aucune assurance (écrite évidemment) d'y vivre mieux ? Peut-on sérieusement leur en vouloir puisque nous en sommes responsables ?

C'est dans cette ambiance pré-orwellienne que se situe la question de l'accès à l'art, et au-delà de celui des ?uvres de l'esprit. Car la distance qui sépare un être en devenir du plaisir de vivre bien ne peut plus se réduire à la digestion des savoirs, mais à la manière préalable et toute personnelle de les cuisiner.

Pour interpréter le drame qui se noue, mieux vaut consulter. Platon d'abord, dans sa traduction contemporaine. « Lorsqu'on exile l'art dans une zone de sécurité, expliquait-il, il peut encore rester de l'excellent art, et même de l'art très populaire, mais son effet sur notre existence s'évanouira ». Comme d'autres après lui l'on démontré, en particulier Hegel, depuis le sacre de la science et de sa rationalité, l'art n'est plus lié comme par le passé « aux énergies centrales de l'homme ». Pour avoir en effet, permis à des cortegiano de le célébrer en grand pompe au sein de la Cour italienne, puis de l'avoir arraché des entrailles de ses créateurs pour mieux permettre à nos princes de se rapprocher de l'éternité ; de s'être autorisé à l'enseigner, à le conserver, et à le professionnaliser depuis des siècles afin d'en célébrer la grandeur, l'art s'est métamorphosé. Tout seul. Et d'une manière si énigmatique qu'il est impossible de désigner un coupable. « Nous avons beau trouver, poursuit Hegel, les images des dieux grecs incomparables, et quelles que soient la dignité et la perfection avec lesquelles sont représentés Dieu le Père, le Christ, la Sainte Vierge, l'admiration que nous éprouvons à la vue de ces images est impuissante à nous faire plier les genoux ». Tout est dit. Surtout quand, quarante ans après avoir tenu ce propos, Manet se fait un malin plaisir de l'illustrer. Dans sa toile intitulée Le Christ aux anges qu'il destinait à une exposition et non à une église, le maître insista publiquement pour que son ?uvre soit admirée comme de la « peinture pure ». Bref, comme disait Baudelaire pour se dédouaner lui même de sa propre lucidité « l'art pour l'art est au moins un art fier qui n'est le serviteur de personne car il pose tous ses problèmes de l'intérieur ». C'était au XIXe siècle... On imagine le chemin parcouru depuis, puisque la « dissociation » étant la règle dans tout, et la « spécialité » la norme partout, l'art a eu beau jeu de prendre enfin ses libertés et les artistes d'en profiter. Au fond, quand le génial Le Corbusier s'est mis du jour au lendemain à parler de « machine à vivre » pour évoquer avec respect mais condescendance les HLM, les jeux étaient faits. Car quand un esprit de ce calibre se met à distinguer l'art de la vie avec autant d'aplomb c'est bien que le vers est dans le fruit depuis un moment. L'imagination venait en quelque sorte de s'affranchir du réel pour devenir une fin en soi : individuelle, souveraine, légitime, puissante, auto-célébrante. Les signes avant-coureurs existaient, travaillant l'art comme jamais. Les impressionnistes avaient tiré les premiers, suivi un siècle plus tard par des existentialistes fascinés par la philosophie et la psychologie. Jusqu'à Malevitch qui entre-temps viendra, sans aucun complexe, annoncer au monde entier la naissance du « suprématisme ». C'était en 1915. Chacun s'en était alors allé dans ses contrées chercher des muses et s'affranchir en catimini du malheur-de-vivre-comme-tout-le-monde. Comment, après ça, demander à un ado de croire aux tourments insensés de l'artiste puisque les films, ou les livres n'en retiennent que la gloire elle-même incarnée par des pairs dans des fictions cinématographiques à prétention planétaire ?

Pendant que l'art s'affranchi la vie continue, les démocraties gagnent du terrain mais la masse des laborieux, les maçons, les instits, les informaticiens, les cultivateurs, les caissières de supermarché ou les ingénieurs, bref tous les travailleurs sont priés de souffrir sans créer, c'est à dire de produire dans le silence une matière qui ne leur appartient plus. C'est tout le problème : puisque la « dissociation » entre le beau d'un côté et le travail de l'autre a pris des allures d'évidence universelle, comment convaincre un petit être de 15 ans qu'il s'agit d'un artifice ?

Depuis que les « médiateurs » ont débarqué, se sont emmêlés eux-mêmes les pinceaux dans leurs explications, que leurs langages ont pris la même tangente, c'est-à-dire l'indépendance, il en faut de la patience, de l'assurance pour expliquer calmement qu'il ne tient qu'à ce jeune homme ou cette jeune fille de réunir tranquillement le travail et la beauté pour, à défaut de faire des ?uvres, se remettre à créer. Malheureusement pour eux, l'esthétique fût inventée. Elle permit de séparer les genres : aux critiques de disposer d'une matière intellectuelle pour exister et aux historiens de l'art de la monnayer comme une contre-valeur à la notion de sens. Et puisque comme la science ne pouvait être absente de cette magistrale mutation, elle apporta son obole à la dictature de l'« art pour l'art » en libérant de l'artisanat la photographie puis le cinéma pour les installer aux avant-postes de la fabrication industrielle des imaginaires. Comme des monstres magnifiques venus sur terre pour nous éblouir la vue et nous crever les yeux. Mais personne n'a fait attention au fait qu'ils ont ringardisé d'un seul coup, et pour un moment, la peinture et la sculpture. Quand on les a ressorti de la naphtaline pour les besoins de la démocratie culturelle, c'est-à-dire pour des grandes expos, c'était pour leur trouver une destination plus touristique et les « exiler dans des zones de sécurité ». Les musées en ont fait leurs choux gras, les médias leur cerise sur le gâteau. Quant aux jeunes, inutile d'insister pour dire que, sans complices érudits à leurs côtés, nul espoir de découvrir le pot aux roses. Car leurs esprits fonctionnent avec les ?uvres exactement comme un moustique autour d'une lampe. Ils tournent autour, happés par la puissance de la lumière, puis s'en échappent à temps quand la chaleur vient à les consumer. Certains, les moins bien disposés, s'y crament, faute d'avoir été prévenu.

A suivre


A paraître en septembre 2008

Ref 1008 - Format 11 / 19

96 Pages

ISBN : 2-915129-38-X - Prix : 10 €



Modifications génétiques et eugénisme
06/07/08 -

extrait

Les OGM sont, dans la logique de la science, une avancée vers un HGM, un humain génétiquement modifié. Cette tentation d'un être humain stéréotypé et machinique, est ancienne. On pourrait remonter fort loin pour trouver des traces de politiques eugénistes, parfois réduites à leur plus simple expression : l'extermination d'un groupe humain déterminé. Le dernier épisode majeur, l'eugénisme nazi, dont beaucoup de scientifiques du genre d'Alexis Carrel(1) ont été les théoriciens, révèle une tendance de fond dans certains cercles politiques, philosophiques, scientifiques et économiques. L'amélioration de la race humaine serait souhaitable et possible grâce à la science. Ceux qui répandent ce genre de théories ne se rencontrent pas qu'à l'extrême droite traditionnelle. Rien d'étonnant d'ailleurs : depuis au moins les Lumières, cette question divise. Les « rousseauistes » pensent que la civilisation corrompt, les « anti-rousseauistes » qu'elle permet à l'homme de se perfectionner. Rien de plus logique donc que certains aient envie de perfectionner l'homme en usant de technologies diverses issues de la civilisation, la génétique étant désormais la plus prisée(2).

Améliorer la race ou la détruire, les deux faces d'une même médaille

Les transhumanistes prônent l'amélioration de la race humaine par des moyens scientifiques au nom des droits de l'homme et des droits des minorités, y compris des droits des homosexuels à enfanter. Leur rhétorique s'appuie sur des conceptions scientifiques et philosophiques dont le c?ur est l'abolition de toute limite à la puissance qu'aurait l'être humain de transformer son environnement(3). La critique de ce genre de propositions se limite trop souvent hélas à la dénonciation de leurs outrances d'un point de vue moral. Pourtant, derrière la volonté de puissance et la proposition de dominer la nature se cache une politique de domination fort ancienne, qui trouve son origine dans la domination des êtres humains sur d'autres êtres humains et dans la servitude volontaire, qui est acceptation de la hiérarchie, de l'injustice, de l'inégalité.

À l'opposé de l'échiquier politique, certains prétendus radicaux dénoncent avec férocité la place de la procréation « naturelle » dans les sociétés humaines, et rejoignent ainsi sans s'en rendre compte les théories de leurs pires ennemis. Ainsi, de « simples citoyens » - ils signent de cette façon... - écrivent : « C'est un lieu commun que non seulement ce monde n'est pas un endroit pour des enfants, mais que leur multiplication ravage le milieu et empire leurs conditions de vie. [...] Faire des enfants, c'est la ressource ordinaire des incapables d'aventure. La plupart des géniteurs le sont par manque d'imagination. Ils ne savaient pas quoi faire d'autre (4). » De tels arguments dévoilent une idée très largement ancrée dans une partie du mouvement écologiste : un biocentrisme exacerbé et dictatorial. Ces prétendus « écologistes profonds » dissimulent mal leur politique, qui ne veut voir l'être humain qu'au même niveau que la paramécie ou la carotte. Or, toute critique totale des politiques eugénistes ne peut passer par l'arasement des différences entre les êtres humains et d'autres espèces vivantes. Faire croire à une égalité entre micro-organismes, végétaux et humains ne peut aboutir qu'à justifier les manipulations génétiques des humains, au même titre que celles des bactéries ou des plantes. La Terre finirait par ne plus être vivable pour les êtres complexes comme les mammifères, au nom d'une conception de la vie qui, sous un égalitarisme fanatique, dissimulerait la haine de l'humain.

Qu'on le veuille ou non, l'être humain est différent - ni inférieur ni supérieur, c'est d'une différence dont il s'agit ici - des autres espèces vivantes. Qui choisit de reproduire telle variété de plante et non telle autre, sinon un être humain ? Telle est bien l'une des preuves évidentes du rôle différent de celui des autres espèces que l'humanité - pour le meilleur et pour le pire - joue sur cette planète.

On ne peut « améliorer » la nature. Pourtant, alors que nous parlons ici d'« organismes génétiquement modifiés », le lobby transgénique emploie un vocabulaire bien différent et évoque des « organismes génétiquement améliorés ». La distinction n'est pas que de pure forme. Elle révèle une volonté politique et une croyance scientifique qui postulent que l'être humain peut, grâce à son savoir (la sagesse est absente du débat), améliorer les espèces. Une première barrière a été franchie depuis les sélections végétales, qui restaient « extérieures » aux plantes (les paysans conservaient les graines de celles qui semblaient les plus robustes ou les plus intéressantes). Désormais, les modifications génétiques sont une manipulation directe des organismes. Les scientifiques n'ont plus qu'une seule barrière à franchir pour en arriver à une politique eugéniste appliquée à l'humain : la barrière entre les autres êtres vivants et nous.

Quelles visées thérapeutiques ?

Les OGM pourraient constituer un pas décisif sur la voie de l'acceptation généralisée d'une politique eugéniste appliquée à tous les êtres vivants, y compris les humains. Les OGM à visée thérapeutique sont à la pointe de cette politique.

En la matière, il est fondamental de dénoncer le tour de passe-passe magistral auquel se livre encore le lobby pro-OGM. Des modifications génétiques ont été réalisées en laboratoire depuis des dizaines d'années dans le but de produire certaines substances thérapeutiques, comme l'insuline. Mais l'insuline ainsi produite n'est pas elle-même génétiquement modifiée. Les substances injectées aux malades ne sont en aucun cas génétiquement modifiées. De plus, leur production reste confinée en laboratoire, tandis que les cultures d'OGM sont développées à grande échelle. Or, ce sont les humains qui absorberont, cette fois réellement, des OGM(5).

Ces prétendues visées thérapeutiques des OGM ont une utilité fondamentale du point de vue du lobby biotechnologique : accréditer l'idée qu'une amélioration de l'espèce humaine est possible grâce à des modifications touchant le génome. Ce nouveau pas est déjà franchi par quelques chercheurs, qui évoquent par exemple la possibilité de rendre supportable à certains HGM des températures élevées ou un froid intense, dans le cas où ces HGM seraient destinés à travailler dans des conditions extrêmes - et c'est bien ici d'« humains génétiquement modifiés » dont il s'agit. Ces évocations suscitent encore la stupéfaction, mais pourtant, si nous acceptions qu'une modification génétique permette à une tomate de ne pas se flétrir pendant le transport du fait de la chaleur, il semblera logique à certains apprentis sorciers d'aider les humains qui travaillent près des sources de chaleur à ne pas se flétrir trop vite eux non plus.

Pour nous faire accepter cette politique qui se dessine peu à peu, le lobby combat sur tous les fronts : prétendus OGM à visée thérapeutique, clonage, noyautage des prétendus comités d'éthique, médiatisation des plus communicants d'entre eux. Bien entendu, seuls quelques docteur Folamour, dont Francis Crick, prix Nobel de médecine et de physiologie 1962 pour sa découverte de la structure de l'ADN, sont des partisans ouverts de l'eugénisme et de l'amélioration de l'espèce humaine. La plupart des scientifiques n'ont en vue que de soulager la pauvre humanité souffrante. Là encore, on ne peut leur répondre sans avancer jusqu'au fond du débat.

La plupart des scientifiques ne sont toujours venus en aide à l'humanité souffrante que de façon marginale. Ils ont même préféré, pour certains d'entre eux, fabriquer des bombes nucléaires et des OGM plutôt que d'étudier la structure des sols pour enrayer leur dégradation et permettre aux paysans des pays les plus appauvris de continuer à travailler pour nourrir les leurs. Pourquoi leur faire confiance aujourd'hui(6) ?

A suivre

Notes

1. Alexis Carrel (1873-1944) fut un chirurgien et biologiste français, qui obtint le prix Nobel de physiologie ou médecine en 1912. Par la suite, il développa des théories eugénistes au sein de la Fondation pour les problèmes humains, qu'il créa en 1941.

2. Ici, ce n'est pas de savoir si la civilisation est bonne ou pas qui nous importe, mais si, à partir de ce que cette civilisation nous a donné et imposé, nous pouvons encore nous défaire de ce que nous refusons.

3. Les transhumanistes ne seraient qu'une anecdote sans importance si leurs principaux dirigeants n'étaient pas des professeurs connus d'université réputées, comme Trinity College ou Stanford. On peut, sur leur site, trouver de la propagande (en anglais et en français) édifiante (www.transhumanism.org).

4. Dans le texte intitulé Popullulation, du groupe Pièces et Main-d'?uvre sur leur site Internet.

5. Pour plus de détails sur ce point, voir la conférence de Christian Vélot déjà citée.

6. Les scientifiques ne sont pas ici les seuls en cause. Ce sont les intellectuels qui déraillent, comme le constate Raoul Vaneigem, dans son Journal imaginaire (Le Cherche-Midi, 2006, p. 40-41) : « Il arrive que l'intellectuel aille par sa pensée au-delà de la vie qu'il néglige, délaisse ou méprise. C'est le cas de nombreux créateurs. Il ne s'agit pas d'ôter du génie à Michel-Ange, à Freud, à Einstein en raison de la pédophilie du premier, de la carapace caractérielle du deuxième, de la compromission du dernier avec les tueurs d'Hiroshima, mais qu'est-ce que le génie sans l'amour entre les êtres et envers toutes les créatures vivantes ? »


A paraître en septembre 2008

Ref 9908 - Format 11 / 19

112 Pages

ISBN : 2-915129-37-1 - Prix : 10 €